Pourquoi dit-on "écrire" une icône?

La langue française hésite parfois entre « peindre » et « écrire » une icône. Dans la tradition orthodoxe, qu'elle soit grecque, russe, serbe ou roumaine, le terme consacré est bien écrire. Cette formulation n'est pas anodine.

Elle signale d'abord que l'acte de créer une icône n'est pas assimilé à une démarche artistique personnelle, à l'expression d'un talent ou d'une vision subjective. L'iconographe n'invente pas: il transcrit une image reçue de la tradition, comme un scribe transcrit un texte sacré. Il travaille dans la fidélité à des canons, non dans l'originalité.

Elle exprime ensuite la parenté fondamentale entre l'icône et les Évangiles: l'une est proclamée en mots, l'autre est « proclamée » en images. Les deux sont formes de témoignage sur le Christ.

La préparation du support: la planche et le levkas

L'icône est traditionnellement réalisée sur une planche de bois, tilleul, chêne, cèdre ou noyer selon les régions. La planche est d'abord séchée plusieurs années pour éviter le gauchissement, puis éventuellement creusée en son centre (le kovcheg) pour créer un léger renfoncement qui met en valeur la figure peinte.

Sur la planche est appliqué le levkas (ou gesso), un enduit blanc préparé à partir de colle de peau animale et de craie ou de gypse. On en applique généralement six à douze couches, chacune laissée à sécher avant la suivante, puis poncée soigneusement. La surface finale doit être lisse comme de l'ivoire, capable d'absorber les pigments avec précision.

Le dessin préparatoire

Avant de poser la moindre couleur, l'iconographe trace le dessin préparatoire (proplasmos). Dans la tradition, ce tracé reproduit fidèlement un modèle, une icône ancienne, un podlinnik (manuel iconographique russe) ou une planche de référence transmise par le maître.

Le tracé peut être effectué à l'aide d'un stylet, d'un pinceau fin à l'encre de Chine ou d'un crayon doux. Certains iconographes utilisent la technique du calque ou du report par piqûre (spolvero) pour reproduire exactement les proportions canoniques.

Ce n'est pas là une marque de paresse ou de manque d'imagination: c'est une discipline spirituelle. En reproduisant fidèlement les proportions canoniques, l'iconographe affirme qu'il ne cherche pas à exprimer sa propre vision, mais à transmettre une image reçue.

La dorure: or de feuille et bol d'Arménie

Le fond doré des icônes, appelé assis, est l'un des éléments les plus caractéristiques et les plus techniques de l'iconographie orthodoxe. L'or symbolise la lumière divine incréée, celle dont parle la théologie mystique orthodoxe (théologie hésychaste) et qu'a contemplée les moines du mont Athos.

La technique traditionnelle est la dorure à la feuille:

  1. Application du bol d'Arménie (argile rouge) sur les zones à dorer, en plusieurs couches;
  2. Humidification au pinceau fin;
  3. Pose de la feuille d'or 22 carats, de dimensions très réduites (environ 8 × 8 cm);
  4. Brunissage à l'agathe pour faire adhérer l'or et lui donner son brillant caractéristique.

Cette technique exige une grande dextérité et beaucoup de pratique. Des résultats plus accessibles peuvent être obtenus avec de la mixtion (colle dorure) et des feuilles d'imitation, mais l'authenticité traditionnelle reste à la feuille d'or véritable.

Les pigments et la tempera à l'œuf

Les icônes byzantines traditionnelles sont réalisées à la tempera à l'œuf: les pigments naturels (minéraux ou végétaux) sont broyés à l'eau, puis mêlés à une émulsion préparée à partir du jaune d'œuf, d'eau et de quelques gouttes de vinaigre blanc. Ce médium offre une grande transparence et sèche rapidement, permettant des superpositions de glacis très fins.

Parmi les pigments traditionnels:

  • Ocre jaune et ocre rouge (pigments minéraux, omniprésents dans les carnations);
  • Lapis-lazuli (bleu profond, tiré du minéral du même nom, précieux);
  • Vermillon (rouge vif, sulfure de mercure);
  • Vert de terre (couleur de fond des carnations);
  • Blanc de plomb (anciennement) ou titanium blanc;
  • Noir de charbon ou ivoire.

L'application des couleurs: du sombre au clair

Contrairement à la peinture à l'huile qui procède généralement du clair au sombre, la technique iconographique travaille du sombre vers le clair. On commence par le fond sombre (le proplasmos de couleur), puis on ajoute des couches successives de plus en plus claires et lumineuses, jusqu'aux ozhivki, fins traits blancs ou très clairs marquant les zones de lumière maximale.

Cette logique n'est pas seulement technique: elle est théologique. La lumière ne vient pas de l'extérieur (il n'y a pas de source de lumière dans une icône), elle rayonne de l'intérieur. L'icône ne fait pas la peinture de lumière; elle peint la lumière elle-même.

Conserver ses tracés, croquis et notes d'atelier

Lors d'un stage d'écriture d'icônes, les esquisses préparatoires, les annotations de couleurs, les repères de dorure et les notes spirituelles peuvent devenir de véritables supports de progression personnelle. Beaucoup d'apprenants tiennent un carnet d'atelier pour consigner leurs observations, leurs erreurs et leurs découvertes.

Certains utilisent aujourd'hui un stylo numérique ou un carnet connecté pour garder une trace digitale de leur travail préparatoire, croquis, repères de proportion, annotations de mélanges de couleurs, sans abandonner le geste manuel. Cette approche permet de retrouver facilement un tracé préparatoire, de l'agrandir ou de le partager avec son formateur à distance.

Le vernissage final

Une fois l'icône terminée et séchée (plusieurs semaines), elle est recouverte d'une couche de vernis protecteur, appelé olifa dans la tradition russe. Cet enduit transparent (à base d'huile de lin cuite et oxydée) protège les pigments, approfondit les couleurs et donne à l'œuvre sa patine caractéristique.

Comment commencer l'écriture d'icônes?

L'idéal reste le stage avec un formateur expérimenté, qui peut corriger les gestes techniques difficiles à acquérir seul (dorure, application du levkas, proplasmos). Mais quelques ressources permettent de se préparer: livres de technique (Sieger Köder, Egon Sendler), manuels iconographiques, communautés de pratiquants en ligne.

Voir aussi notre guide des symboles chrétiens dans les icônes pour comprendre le vocabulaire visuel avant de commencer à écrire.

Photo de Marie-Claire Fougasse
Rédigé par

Marie-Claire Fougasse

Iconographe et formatrice

Formée à la tradition byzantine et à l'iconographie orthodoxe pendant plus de quinze ans, Marie-Claire Fougasse enseigne l'écriture d'icônes au sein de divers ateliers. Elle s'attache à transmettre non seulement les techniques - dorure, pigments, tempera à l'œuf - mais aussi la dimension spirituelle et contemplative qui fonde cet art sacré.

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